La remontée de la popularité d’Emmanuel Macron est-elle déjà terminée ? La dernière vague de l’Observatoire de la politique nationale de BVA réalisé pour Orange – RTL – La Tribune montre une stabilisation après un léger regain (4 points) de bonnes opinions entre décembre et janvier. Se sont toujours près de 70% des Français qui ont une mauvaise opinion d’Emmanuel Macron et 30% seulement qui en ont une bonne opinion. La popularité du chef de l’exécutif est toujours basse, pas éloignée de celle de François Hollande au même moment de son mandat (27% alors) et très loin de celle de Nicolas Sarkozy (41%).

L’analyse de la question ouverte posée aux répondants à propos de l’image d’Emmanuel Macron marque également peu d’évolutions. Le clivage profond que nous avons identifié depuis plusieurs mois ne cesse de se renforcer. Il s’exprime à présent dans les opinions des Français à propos de l’action du chef de l’Etat pour sortir de la crise des Gilets jaunes : d’un côté ceux qui mettent en avant le courage, la détermination et l’engagement d’Emmanuel Macron dans cette sortie de crise ; de l’autre côté ceux qui persistent et signent dans l’image d’un Emmanuel Macron arrogant, méprisant, qui ne cherche qu’à communiquer en faisant semblant d’être à l’écoute des Français. Comme si le Débat national n’avait aucun effet pour rapprocher deux France irréconciliables à propos d’Emmanuel Macron.

En fouillant les verbatims à l’aide des techniques statistiques de l’analyse textuelle, on voit de fortes correspondances entre les mots utilisés à propos d’Emmanuel Macron : l’arrogance est toujours attribuée au « Président des riches », « imbu » de lui-même, un adjectif central dans le répertoire des opinions négatives ; le courage est toujours associé à l’image du Président réformateur et qui a le mérite « d’essayer », un verbe central dans le répertoire des opinions positives.

Un segment de l’électorat semble échapper en partie à ce prisme. Lorsque l’on demande aux Français leur opinion sur l’action de l’exécutif (et non plus sur son image générale) 45% déclarent qu’ils attendent de voir quels seront les résultats avant de se prononcer alors que c’était le cas de 32% en décembre dernier. De même, 40% se déclarent opposés à cette action quand c’était le cas de 50% en décembre. Un important segment de l’électorat est donc revenu vers l’idée de laisser sa chance à Emmanuel Macron et de voir ce qu’il proposera à la fin du Débat national.

Clivé comme rarement avant sur la personnalité du chef de l’Etat, l’électorat semble plus nuancé sur son action. Une partie des Français regarde en fait Emmanuel Macron en deux dimensions : désapprouvant le style (les « petites phrases », « l’arrogance ») mais ne jetant pas le bébé avec l’eau du bain, exprimant un intérêt pour voir ce que donnera le macronisme au bout du compte. Pour les autres, la vision n’est déjà plus qu’en une seule dimension : la personne du jeune et dynamique réformateur, le « disrupteur » qui dynamite un système politique qui tournait à vide ; ou à l’opposé, la personne du jeune arrogant, méprisant pour le « peuple » et ne servant que les intérêts des puissants et des riches.

Que l’on regarde Emmanuel Macron en une ou deux dimensions, les opinions des Français à propos de son mandat nous montrent à quel point la personne du chef de l’Etat est au centre de tout. Emmanuel Macron veut incarner par sa personne la rupture programmatique qu’il propose aux Français. Il veut nous montrer, jusqu’aux limites de l’excès, que la volonté d’un seul homme peut changer un pays. Aux supposés blocages de la société française il oppose ses performances oratoires comme métaphore de celui qui résiste, des heures debout, face au flot des questions et des difficultés. Il se surpasse et nous invite à l’imiter. Il a réponse à tout, il sait tout et il est tout. Cette personnalisation extrême du pouvoir est un marqueur de la période que nous vivons car elle s’exprime dans d’autres pays européens et dans d’autres démocraties. Comme si la dimension charismatique et personnelle du pouvoir avait absorbé sa dimension idéologique. Aimez-moi, détestez-moi peu importe nous disent nos dirigeants, du moment que vous voyez le monde à travers moi !