Dans la lignée de la séquence POP2017, Bruno Cautrès accompagne BVA pour suivre le quinquennat. Nous vous proposons de découvrir son premier billet.

Dans l’un des entretiens les plus intéressants qu’il avait donnés avant de se porter candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron déclarait dans les colonnes de l’hebdomadaire Le 1 (octobre 2016) que « la seule chose qui pourrait l’arrêter » dans une éventuelle candidature serait de se sentir « un danger » ou « un obstacle pour que les idées qu'(il) porte puissent accéder au pouvoir ».

La marche (rapide), la course d’obstacles (franchis), la mobilité, la fluidité, le bousculement des barrières (conservatrices), tels sont les éléments fondamentaux du macronisme originel. Ces éléments fondamentaux se sont concentrés dans un projet de véritable dynamitage de tout un ensemble de blocages et de verrous de la société française sur lesquels le jeune ministre de l’économie et des finances de l’époque avait posé un diagnostic radical quant à la responsabilité du politique. Le diagnostic était amer et sans excuses vis-à-vis des partis et du personnel politique en place : ils avaient failli, par absence de résultats, par obsession pour la préservation de leurs positions de pouvoir, par cécité vis-à-vis des réalités de l’intégration économique mondiale, entre autres.

Pour rendre ce projet de dynamitage possible, un pont devait être construit, permettant de franchir l’un des plus importants obstacles : la « captation » des électeurs par les partis et les idéologies issus de « l’ancien monde ». La création du mouvement En Marche ! et sa transformation en La République En Marche ! (de son nom officiel l’Association pour le renouvellement de la vie politique) visait bien cet objectif. Six mois après l’élection d’Emmanuel Macron et à quelques jours du Conseil du mouvement qui va élire le 18 novembre son nouveau dirigeant (délégué-général), il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Une part de mystère reste dans le tableau de notre vie politique « post-élection » d’Emmanuel Macron : si l’on voit bien qu’Emmanuel Macron a mis à terre des partis politiques qui semblaient usés et en manque de renouvellement, la très longue prise de judo qui l’oppose à eux n’est pas terminée et le gong final n’a pas encore retenti. Le clivage gauche-droite a été malmené mais il n’est pas mort, il en a vu d’autres. Sa capacité de résistance, de résilience et de métamorphose est forte.

On voit d’ailleurs dans les verbatim des membres de la communauté POP by BVA tout un nuancier de réactions à ce bilan des six mois de présidence Macron qui vont du soutien toujours exprimé (« Pour le moment il s’en sort plutôt bien. Il n’a pas la langue de bois, et je pense que ses interventions au plan européen mais aussi national, donnent un autre ton à la politique » ; ou encore « Il prend ses marques en tant que Président et il applique ou fait appliquer son programme ») aux réactions les plus épidermiques et négatives, tant sur le « style Macron » (« Un homme d’une classe sociale aisée qui ne sait pas ce que vit le peuple de la classe sociale moyenne ou inférieure (…) un cadre aux dents longues », « Il se prend pour le Roi de France ») que sur ses politiques incarnant la « France qui va bien » (« Si on a 1200€ de retraite c’est que l’on s’est déjà privé tout au long de sa vie professionnelle »).

Si une majorité relative des Français continue de penser qu’il faut laisser à Emmanuel Macron le bénéfice du temps dont il a besoin, les réactions des membres de la communauté POP by BVA manifestent qu’un progressif décalage s’installe entre le Président et plusieurs segments de l’électorat. Cette fatalité semble inéluctable. Ce décalage sera-t-il mis à profit par les partis politiques « traditionnels » pour renaître de leurs cendres ? Rien ne serait sans doute plus risqué pour eux que de croire que le balancier qui transforme la victoire présidentielle en impopularité potentielle les exonère du profond renouvellement des hommes et des idées dont ils ont besoin.

De fait, dans le même entretien accordé à l’hebdomadaire Le 1, Emmanuel Macron ne posait à sa trajectoire qu’une seule limite : le ciel (« sky is the limit »). Six mois après son élection on peut faire un premier constat : le bras de fer entre l’azur du ciel et les réalités de la terre n’est pas terminé. En astrophysique, la révolution d’un astre est son déplacement tout autour d’un autre astre. La période de révolution est le temps que met cet astre pour faire le tour complet… Quel paradoxe !