Dans la lignée de la séquence POP2017, Bruno Cautrès accompagne BVA pour suivre le quinquennat. Nous vous proposons de découvrir le billet de cette semaine.

La semaine qui vient de s’écouler sera-t-elle considérée dans quelques temps comme un tournant dans les dynamiques d’opinion de l’après-présidentielle, en tout cas pour ce qui concerne la droite ? Cités par le JDD, des cadres Les Républicains proches de Laurent Wauquiez indiquaient récemment que les dons et les bulletins d’adhésion commençaient à revenir vers eux. Si cette information se vérifiait et ne devait rien à la tendance (naturelle) chez les responsables de partis à l’optimisme quant aux adhésions, elle serait tout à fait importante pour la droite : au moment où l’un de ses généraux les plus étoilés (Alain Juppé) ferait le choix ne plus payer sa cotisation, les « soldats de base » se remettraient-ils en ordre de bataille, prêts à payer leur tribu et à repartir à l’assaut ?

En tout cas, si Laurent Wauquiez peine pour le moment à convaincre les Français dans leur ensemble, sa famille politique a clairement fait de lui son nouveau héros. Pour preuve, selon le dernier Observatoire de la politique nationale BVA paru mercredi, sa cote d’influence progresse de 7 points à 69% des sympathisants LR. Ses passages médiatiques récents, notamment l’Emission politique sur France 2, ont été salués par les analystes politiques et très clairement appréciés par le noyau dur des sympathisants LR, cible principale de la stratégie du nouveau leader LR.

La communauté POP by BVA a également été souvent séduite par sa prestation télévisée tout en maintenant parfois ses critiques sur le « style Wauquiez ». Sur quoi repose ce début de « dynamique Wauquiez » auprès de son camp ?

A la différence de Valérie Pécresse qui pense qu’il existe « deux droites », Laurent Wauquiez n’a qu’un seul objectif pour le moment : la confrontation directe et franche avec Emmanuel Macron. On a pu remarquer, au cours de son passage à l’antenne de France 2, son goût incontestable pour la confrontation et le débat politique, sa forte volonté d’incarner « une droite de droite qui est fière d’être la droite », la posture fièrement campée de celui dont les convictions primeraient sur les « petits arrangements ».

On a également retrouvé les thèmes de prédilection de Laurent Wauquiez : les questions identitaires, les élites politiques « parisiennes » trop coupées des réalités locales et du « peuple » pour comprendre le pays. Le fil conducteur de la narration « wauquiezienne » (il faudra s’habituer à le dire… !) est double : incarner dans l’opinion l’image d’un chef de guerre contre Emmanuel Macron, d’un « homme de convictions » qui a une « colonne vertébrale » et « ne cherche pas à plaire à tout le monde » ; redonner au « peuple de la droite » sa fierté perdue quelque part dans la fête électorale gâchée de 2017.

Tout ceci est très sarkozyste, à la fois dans les thématiques et peut-être plus encore dans le style : Laurent Wauquiez multiple les expressions chères à l’ancien Président et emploie fréquemment des mots ou des expressions qui ne peuvent que remémorer aux sympathisants LR et à leur noyau dur, l’épopée sarkozyste.

Cette stratégie cultive également le souvenir plus lointain d’une droite dominant fièrement le centre-droit. Au fond, Laurent Wauquiez fait le pari que, tôt ou tard, les électeurs de droite et de centre-droit qui sont attirés par la modernité macroniste n’y trouveront plus leur compte.

Cette stratégie renvoie l’élection d’Emmanuel Macron à une parenthèse malheureuse, provoquée par l’accident industriel de François Fillon. Cela rappelle un peu les réactions des sarkozystes en 2012, sidérés de la victoire de François Hollande. Et, plus loin dans le temps, cela nous ramène au grand drame de la droite néo-gaulliste : 1974. Le « vol » de la Présidence, poste taillé sur mesure pour un gaulliste, par Valéry Giscard d’Estaing, auquel on compare d’ailleurs souvent Emmanuel Macron…

L’opposition entre la vision de « deux droites » et la vision « d’une seule droite » n’est en fait pas que l’opposition entre des stratégies de survie dans la France politique post-Macron. C’est une opposition entre des valeurs et projets politiques et en conséquence une opposition qui ne dit pas son nom entre deux conceptions de notre régime politique.

D’un côté, la vision classique et « orthodoxe » de la Vème République : l’élection présidentielle structure tout et le vainqueur remporte tout, de la tête de l’exécutif à la majorité parlementaire ; il n’a pas besoin d’une coalition puisque son parti a été largement rétribué par les effets du scrutin majoritaire à deux tours.

De l’autre côté, la vision d’une droite suffisamment centriste et duale (les « deux droites ») pour permettre la formation d’un gouvernement de coalition centriste, avec le centre-droit et le centre-gauche bordant le « centre », quel que soit le vainqueur de la présidentielle et sa formation d’appartenance. Cette opposition est réelle mais en partie contingente.

Pour comprendre ce que la situation actuelle de la droite doit aux contingences de la campagne ratée de 2017,  il faut utiliser un raisonnement de type « contrefactuel » : que se serait-il passé si Alain Juppé avait gagné la primaire ? On ne le saura jamais mais on peut faire le pari que l’on aurait vu la nomination d’un premier ministre « droite de droite », juppéo-compatible, pour faire cohabiter les deux lignes et que la droite n’explose pas.