Un peu d’oxygène, enfin ? La dernière livraison de l’Observatoire de la politique nationale réalisé par BVA pour Orange-RTL-La Tribune peut donner le sentiment à Emmanuel Macron qu’un peu d’air frais arrive sur lui après le brasier des dernières semaines. La spectaculaire descente en vrille dans les profondeurs de l’impopularité semble s’être légèrement stoppée  : sa popularité gagne…un point (27%) ! Si cette différence a toutes les chances d’être statistiquement peu significative, elle fait figure de bonne nouvelle pour le Président. Celui-ci revient de l’enfer comme un pilote de jet qui a appuyé à l’ultime seconde sur le siège éjectable.

Mais l’enfer laisse des traces sur celui qui ne fait même qu’y mettre un seul pied : le premier de cordée a glissé, et l’on peut même dire qu’il a dévissé.  Nous venons de vivre une grande crise démocratique et les images vues sur nos écrans laisseront dans la mémoire collective du pays un legs bien embarrassant pour le chef de l’Etat. Emmanuel Macron et ses communicants doivent tout simplement réinventer le soldat Macron pour tenter de le sauver. Qui aurait imaginé, il y a simplement deux ou trois mois, qu’un point gagné de popularité pourrait être pour lui une bonne nouvelle ?

L’ampleur du désastre dans l’opinion publique se révèle avec cruauté dans les verbatims des réponses données à la question ouverte que pose tous les mois BVA aux personnes interrogées. Les fréquences des mots négatifs continuent de nous en dire long sur le rejet dont Emmanuel Macron fait l’objet dans des franges de plus en plus diversifiées de l’opinion, parfois même chez des électeurs qui ont voté pour lui aux deux tours de la présidentielle.  Si la référence aux « gilets jaunes » apparaît à 51 reprises parmi les réponses, les références indirectes à la crise des dernières semaines apparaissent à de très nombreuses reprises. Le répertoire habituel des mots qui sont associés, mois après mois, aux images négatives d’Emmanuel Macron est venu se greffer sur les opinions à propos de sa gestion de cette crise. L’arrogance (le mot le plus cité à propos d’Emmanuel Macron, à 71 reprises), le caractère «  hautain » (cité 44 fois) ou « méprisant » du Président (cité 39 fois) viennent conforter l’image du « monarque déconnecté » qui « n’écoute pas » (la locution « n’écoute » est employée 19 fois, dont 11 fois comme « n’écoute pas »). Les opinions négatives à propos du Président ont encore gagné en intensité ce mois-ci. Tout se passe comme si nous assistions à la chute d’un hélicoptère dont le rotor s’est cassé à un moment donné.

Comme les mauvaises nouvelles volent en escadrille, comme on le sait depuis Jacques Chirac, un nouveau répertoire de mots apparaît ce mois-ci dans les réponses de ceux qui ont une mauvaise image d’Emmanuel Macron : « inefficace », « pas à la hauteur », « ne sait pas gérer les crises ». Dans cette escadrille, un oiseau de très mauvais augure apparaît également pour le Président : des électeurs en fait très déçus qu’Emmanuel Macron ait, à leurs yeux, « cédé aux gilets jaunes » selon l’expression utilisée par un électeur d’Emmanuel Macron. Un autre emploie l’argument fatal aux yeux de nombreux macronistes : « il commence à se hollandiser et ne décide pas sur le champ ». L’un des verbatims les plus forts de cette série est rédigé par un électeur de gauche qui a voté Emmanuel Macron aux deux tours de la présidentielle : « mon opinion est devenue très mauvaise depuis deux mois (…) Ce Président vient de nous démontrer qu’il était, depuis son élection, le serviteur des riches. (…) Il nous a comblé (…) depuis son poste de ministre en 2014, de phrases méprisantes. Il perçoit aujourd’hui la monnaie de sa pièce ».

Face à un tel abîme d’opinions négatives, à quoi Emmanuel Macron peut-il s’en remettre ? Le talent qui lui a permis de réaliser l’incroyable en 2017 n’est tout d’abord pas éteint en lui. Par ailleurs, la neige carbonique qui a été déversée en grande quantité par les annonces budgétaires peut apaiser en partie le sentiment d’injustice qu’une partie de l’opinion s’est faite à propos de ses choix (l’ISF en particulier). Mais l’incendie n’est pas éteint et ne demande qu’à repartir.

Emmanuel Macron va entamer l’année 2019 très affaibli au plan français mais aussi européen. Le grand rendez-vous des élections européennes du 26 mai 2019 serait la balle de match de son mandat. Cela s’annonce pour le moins compliqué. Mais après tout c’est Noël dans quelques jours, et le Père Noël lui apportera peut-être des raisons d’espérer ?