Si tous les présidents de la République depuis 1981 ont commencé leur mandat avec un niveau de popularité proche (autour de 60% de bonnes opinions), tous n’ont pas connu la même évolution dans l’année qui a suivi leur élection. Emmanuel Macron fait mieux que ses prédécesseurs les plus récents mais moins bien que Jacques Chirac et surtout François Mitterrand. Avec 43% de bonnes opinions, il a perdu près de 20 points de popularité en un an.

Cette première année de quinquennat s’articule schématiquement autour de 5 « grandes séquences » :

  1. Juste après son élection, un très bref état de grâce. A cette période, on salue son « dynamisme », sa « jeunesse » et sa capacité à « redorer le blason de la France ». C’est d’ailleurs sur cette dimension qu’Emmanuel Macron est aujourd’hui le mieux jugé : 65% des sondés estiment qu’il « a une stature présidentielle qui valorise la France » et 6 Français sur 10 jugent que son action pour restaurer le rôle de la France dans le monde depuis 12 mois est « plutôt un succès ».
  2. Rentrée 2017 : sa popularité s’effondre (-11 points entre juillet et août), parallèlement à l’annonce de mesures impopulaires (ISF, APL…). L’expression « Président des riches » émerge dans l’opinion.
  3. Automne 2017 : Emmanuel Macron tient bon sur la réforme du Code du travail et retrouve du crédit dans l’opinion. Il est perçu comme celui « qui tient ses engagements ». 71% des Français le jugent aujourd’hui « solide, ayant de l’autorité » et 60% pensent qu’il est « capable de prendre les décisions qui s’imposent ».
  4. Hiver 2017-2018 : Emmanuel Macron décroche à nouveau dans l’opinion, en lien avec de nouvelles mesures impopulaires (CSG, limitation de vitesse à 80 km/h). Une partie de l’opinion développe le sentiment qu’il est « déconnecté de la réalité des Français ». Seuls 26% des Français estiment aujourd’hui qu’il est « proche des gens ».
  5. Printemps 2018 : la popularité présidentielle retrouve des couleurs, en pleine grève à la SNCF. Certains Français saluent sa « pugnacité », sa « ténacité malgré l’opposition », quand d’autres déplorent sa « brutalité dans sa façon d’imposer les réformes ». Deux visions d’une même méthode.

Cette dernière question, celle des réformes, de leur rythme mais aussi de leur cohérence et de leur sens, est au cœur de la façon dont les Français appréhendent l’action présidentielle. Depuis le début du quinquennat, les termes « réformes » et « réformateur » sont évoqués spontanément et largement par les Français, que ce soit pour saluer cette dimension d’Emmanuel Macron ou critiquer un « trop plein de réformes » menées à un rythme « trop rapide ». Près de 2 Français sur 5 (39%) estiment que le gouvernement mène les réformes au bon rythme, 1 sur 5 (19%) qu’il ne va pas assez loin et plus d’un tiers (35%) qu’il va au contraire trop loin.

Pour le soutenir dans cette volonté réformatrice, pour faire évoluer en profondeur le pays, Emmanuel Macron peut compter sur un socle de soutiens solide, qui représente 20% des Français, en priorité des cadres, des hauts revenus, des sympathisants LREM mais aussi – encore – des retraités. Près de 4 Français sur 10 (38%) s’opposent à l’inverse à l’action menée par l’exécutif et parmi eux des ouvriers, des personnes peu ou pas diplômées, des sympathisants de la France Insoumise ou du PS. Mais la part la plus importante est celle des Français qui, après un an de quinquennat, déclarent encore attendre de voir quels seront les résultats pour se prononcer : ils sont certes moins nombreux qu’en janvier (-7 points) mais encore 41%. Parmi eux, des jeunes, des employés ou encore des sympathisants LR. Emmanuel Macron a réussi une quasi-prouesse : dilater le temps politique et suspendre provisoirement l’impatience des Français. Jusqu’à quand ?

Si les Français sont, pour certains, encore prêts à attendre, ils sont néanmoins en mesure d’établir un bilan de cette première année du mandat d’Emmanuel Macron. Et celui-ci s’avère pour le moins paradoxal : près de 6 Français sur 10 (57%) se déclarent plutôt mécontents et la note moyenne attribuée par les Français au Président pour juger son action depuis son élection est de 8/20, soit 1 point de plus seulement que François Hollande à la même période (7/20) ! Cette sévérité se confirme lorsque l’on interroge les Français domaine d’action par domaine d’action. Seule l’action menée par le Président pour restaurer « le rôle de la France dans le monde » est majoritairement saluée comme un succès (59%). Un domaine fait quant à lui l’objet d’un bilan partagé : la croissance économique, considérée tant comme un succès (47% des Français) qu’un échec (47% également). Mais dans tous les autres domaines d’action testés soit une dizaine, l’action menée par Emmanuel Macron depuis 12 mois est considérée comme un échec, plus particulièrement en matière d’immigration (78%), de pouvoir d’achat (78%) et de fiscalité (70%).

Pourtant, quand on rentre dans le détail des mesures, décisions ou projets initiés par Emmanuel Macron, le bilan est tout autre. Sur 16 propositions, 10 sont évaluées positivement, avec des taux de satisfaction compris entre 50% (pour la réforme de l’accès à l’université) et 78% (pour la réduction du nombre de parlementaires et des mandats consécutifs). La moyenne des « satisfaits » sur l’ensemble des mesures est à 52% et celle des insatisfaits à 44%… soit quasiment l’inverse par rapport au bilan global.

Comment expliquer cette apparente incohérence ?

Certaines mesures pèsent plus que d’autres dans le bilan qu’établissent les Français. Ainsi, 2 des 3 réformes les moins populaires, à savoir le remplacement de l’ISF par l’IFI (70% d’insatisfaits) et l’augmentation de la CSG (82%) sont parmi les plus emblématiques de ce début de quinquennat. Lorsque l’on demande aux Français de citer spontanément la mesure prise par Emmanuel Macron au cours de ces 12 premiers mois qui les a le plus marqués, près d’1 sur 4 cite en effet spontanément l’augmentation de la CSG, première mesure citée, et près de 8% citent le remplacement de l’ISF par l’IFI (4ème mesure citée spontanément). Ces réformes ont largement marqué les esprits, tout comme la réforme du Code du travail (2ème mesure citée spontanément, avec 20% de citations), désapprouvée elle aussi par une majorité de Français (54%). Les mesures plus « sociales » ou vues par les Français comme bénéficiant au plus grand nombre n’ont que peu impacté les esprits : ainsi, le dédoublement des classes de CP dans les quartiers défavorisés est cité par 2% des Français. Et la suppression progressive de la taxe d’habitation, parce qu’elle n’est pas encore perceptible par les Français dans ses effets, n’est citée que par 5% d’entre eux.

Ce sont précisément ces mesures (CSG, ISF) qui sont venues très vite « plomber » la popularité du président de la République auprès d’une partie des Français et nourrir l’image de « Président des riches ». Plus de 8 Français sur 10 déclarent d’ailleurs aujourd’hui ne pas avoir le sentiment de bénéficier personnellement de la politique mise en œuvre par Emmanuel Macron et le gouvernement. Il est intéressant de constater que, parmi eux, 43% se déclarent néanmoins prêts à attendre de voir quels seront les résultats avant de se prononcer définitivement.

Dans le détail, ce sentiment se retrouve lorsque l’on questionne les Français sur la façon dont Emmanuel Macron appréhende et comprend la situation des habitants des différents territoires :

-80% des Français estiment qu’Emmanuel Macron ne comprend pas la situation des habitants des zones rurales, un sentiment exacerbé chez les principaux concernés (87% des ruraux)

-71% estiment qu’il ne comprend par les habitants des quartiers populaires, 59% la situation des habitants des villes moyennes (un chiffre qui passe à 64% chez les personnes concernées)

-En revanche, 68% des sondés jugent que le Président comprend la situation des habitants des grandes villes, un sentiment partagé par les premiers concernés, bien que dans une moindre mesure (61%).

On observe le même phénomène sur sa compréhension des différents groupes sociaux : si 87% des Français pensent qu’Emmanuel Macron comprend bien la situation des classes aisées et dans une très moindre mesure celle des classes moyennes supérieures (55%), 75% jugent à l’inverse qu’il ne comprend pas la situation des classes moyennes modestes (un résultat qui monte à 84% chez les employés), 74% qu’il ne comprend pas celle des classes populaires (sentiment partagé par 94% des ouvriers) et 74% également celle des classes défavorisées.

Ce n’est pas une France coupée en deux qui transparaît à la lecture de ces résultats. Ou alors un tout petit morceau de France qui serait favorisé à côté d’un gros morceau laissé de côté. En tout état de cause, Emmanuel Macron n’est pas perçu comme rassembleur (29% des Français seulement).

On retrouve ces lignes de fracture dans l’évolution de sa popularité sur 12 mois : hormis chez les cadres, les hauts revenus, les sympathisants LREM et une partie non négligeable des sympathisants LR, le président de la République est majoritairement impopulaire. Sa popularité est au plus bas chez les ouvriers, les employés, les non diplômés, les bas revenus ainsi que les sympathisants de la gauche.

Les Français sont assez partagés quant à la capacité d’Emmanuel Macron à redresser la France au cours des 4 années restantes de son mandat : 42% y croient, 55% n’y croient pas. Certes, les pessimistes sont majoritaires, mais bien moins que s’agissant de François Hollande après un an de quinquennat (seuls 26% croyaient alors à sa capacité de redresser le pays). Emmanuel Macron a deux atouts pour lui, même si rien n’est pour autant gagné :

1.D’une part, l’état de l’opposition, réduite à néant ou presque : alors que traditionnellement, l’image du parti au gouvernement s’érode au profit des partis d’opposition, ce n’est pas le cas ici. LREM ! reste le parti qui bénéficie de la meilleure image auprès des Français, loin devant les autres ;

2.D’autre part, la force de persuasion d’Emmanuel Macron : la première des qualités que lui reconnaissent aujourd’hui les Français est le fait qu’il ait « des convictions profondes » (72% d’entre eux). Cela peut sembler surprenant quand on se souvient qu’il est le candidat qui a été le moins choisi pour ses propositions au premier tour (32% contre 50% en moyenne pour les autres candidats*) et le plus « par défaut » (29% contre 21% pour la moyenne des candidats*). Mais c’est sans doute aujourd’hui pour cela qu’une partie des Français sont encore prêts à attendre. Il a réussi à les convaincre qu’il a un projet pour la France.

Reste deux défis de taille pour le président de la République : réussir à concilier les attentes des Français qui ne sont pas les mêmes (l’éducation et le pouvoir d’achat sont au cœur des préoccupations des sympathisants de la gauche alors que l’immigration est essentielle à droite) et construire un récit national dans lequel chaque Français pourrait se retrouver et se rassembler.

Adélaïde Zulfikarpasic, Directrice de BVA Opinion