Dans la lignée de la séquence POP2017, Bruno Cautrès accompagne BVA pour suivre le quinquennat. Nous vous proposons de découvrir son septième billet.

La trajectoire d’Emmanuel Macron dans l’opinion, depuis son élection, présente un caractère totalement inédit.

Premier élément d’étonnement : après avoir connu, pendant l’été et dans la foulée des premières annonces, une baisse spectaculaire de sa popularité, Emmanuel Macron semble avoir conjuré la malédiction de l’impopularité qui avait causé tant de soucis à ses deux prédécesseurs.
On n’avait jamais vu un Président chuter aussi vite et l’on n’a jamais vu un Président …remonter autant et aussi vite ! Emmanuel Macron a donc mis à rude épreuve nos analyses politiques qui, habituellement, décrivent le travail de sape que fait l’exercice du pouvoir : le temps du gouvernement est en effet habituellement celui de la rencontre avec le réel, un temps où l’on manque de temps, où tout s’enchaîne trop vite et parfois se grippe, où une urgence chasse l’autre, où la camaraderie de la conquête du pouvoir cède la place aux luttes fratricides. Reste à voir si cette tendance sera durable.

Second sujet d’étonnement : si Emmanuel Macron consolide sa popularité auprès des catégories qui lui étaient acquises (plus de 65 ans, cadres supérieurs, hauts niveaux de diplômes et de revenus) et parvient à se rétablir dans des catégories qui lui étaient défavorables (jeunes et catégories populaires), un clivage sociologique toujours très net continue de séparer la « France d’Emmanuel Macron » de la France qui doute de lui.
Ce paradoxe s’exprime mieux encore à travers les opinions spontanément exprimées par les personnes interrogées lorsqu’on leur propose des questions ouvertes.

Leurs réponses montrent alors que deux représentations très opposées d’Emmanuel Macron s’affrontent : d’un côté ceux qui apprécient son dynamisme, son efficacité dans le respect de ses promesses de campagne, sa stature présidentielle ; de l’autre côté ceux pensent qu’il est décidément bien « le président des riches », qui « fait trop de communication », qui « n’écoute que ses paroles et pense avoir toujours raison ».
Si les premiers se recrutent en nombre dans son électorat, ils se comptent aussi aujourd’hui parmi des électeurs de François Fillon ou classés à droite, plus rarement de Benoit Hamon ou surtout pas de Jean-Luc Mélenchon. Ces derniers, et plus encore ceux de Marine Le Pen, voient dans Emmanuel Macron un « ennemi de classe ».

Troisième élément de surprise : largement commentée dans les médias pour son style jugé trop lisse, l’interview d’Emmanuel Macron par Laurent Delahousse n’a pas vraiment passionné les Français alors même qu’il est redevenu populaire.
La plupart des membres de la communauté POP by BVA ne l’ont tout simplement pas regardée, confirmant les chiffres d’audience décevants publiés au lendemain. L’un des membres (qui n’a pas regardé l’interview) nous confie : « Je trouve ça plutôt bien cet entretien qui parle de sujets très variés qui nous préoccupent tous (…)  il explique de façon pragmatique comment il pense à arriver à des résultats positifs, il n’y a plus qu’à attendre… ».

Cette dernière observation résume à la perfection l’ultime paradoxe, au sommet de la pile : la remontée de popularité d’Emmanuel Macron n’a nullement effacée la « wait and see » attitude de nombreux Français qui ne demandent qu’à être conquis mais qui doutent encore… !