Que dit la sagesse populaire ? On ne peut pas vivre dans l’illusion. On ne doit pas se faire d’illusion. Les illusions se doivent d’être, un jour ou l’autre, perdues.

Malheureusement, en symétrie, être sans illusion est souvent synonyme d’être cynique, désabusé, voire abattu. Plus d’illusion sur le passé (démystifié), le présent (la parole décrédibilisée), le futur (l’avenir appauvri). La désillusion entraîne perte de tonus, de confiance, d’envie de créer. Les marques en sont victimes, comme les dirigeants, comme la politique : autant y faire face. Comment ? Sans retomber dans les fausses illusions, en inventant de nouvelles façons de rêver.

Les illusions perdues à travers les chiffres : la parole de plus en plus galvaudée

  • « Les Français ne croient plus… » : impossible de dénombrer les enquêtes qui commencent la présentation des chiffres par cette périphrase. Partis, Etat, baisse du chômage, média, religions, réduction d’impôts, démocratie, vaccins… Les Français ne croient plus à rien, et surtout pas à la parole des institutions.

La désillusion touche d’abord la France… et la jeunesse

  • En 2014, selon le baromètre mondial de BVA, 34% des Français jugent que 2015 sera pire que 2014, c’est aussi le cas de 42% des Italiens, 40% des Belges, 29% des Portugais. Le Royaume-Uni (18%), l’Espagne (19%) et l’Allemagne (19%) semblent en revanche moins touchés par ce pessimisme. 57% des interviewés en France jugent que 2015 sera une année de difficultés économiques, un score qui fait de la France le plus pessimiste des 65 pays interviewés sur cet indicateur.
  • La nouvelle génération française lève le voir sur le mystère Père Noël plus tôt que la précédente (6 ans et 8 mois au lieu de 7 ans et demi) mais la France n’est pas le seul pays concerné par ce phénomène. Les Américains cesseraient de croire au Père Noël et à son traîneau à l’âge de 7 ans et 2 mois. Les Australiens l’apprendraient à 7 ans et demi. Mais c’est en Allemagne que la supercherie est dévoilée le plus tôt, vers 6 ans et demi en moyenne.
  • 70% des jeunes français estiment que leur pays ne leur donne pas les moyens de montrer de quoi ils sont capables. 73 % estiment que « la crise économique aura un impact sur leur avenir » et 53 % que leur avenir « sera plutôt pire comparé à la vie qu’auront menée leurs parents » (Enquête Cevipof décembre 2016). Selon d’autres études, 75% n’ont pas confiance en l’avenir de la France.

À nouveau monde, nouveaux rêves

Sortir de l’illusion ne revient pas nécessairement à encaisser un dur retour à la réalité prosaïque. L’être humain a besoin de rêver : plutôt que de s’obstiner à rétablir une crédibilité perdue, ce qui serait s’entêter dans une autre illusion – elle ne reviendra qu’avec des résultats concrets – nous devons imaginer de nouvelles aventures contemporaines.

L’économie peut apprendre à être participative

  • Faire des consommateurs un vivier de créateurs pour améliorer les produits, enrichir la gamme, ou proposer des services nouveaux se développe de plus en plus. Ikea fait partie des marques qui ont lancé ce mouvement. La plateforme Lego Ideas permet au 25 idées des clients qui reçoivent plus de 10000 votes d’être lancées à la conception. Cvous.com du groupe casino recueille des idées de nouveaux magasins. La création n’appartient à personne.

Une action publique imprégnée d’utopie

  • Places dessinées par des enfants, applications qui permettent d’augmenter la réalité de la ville (par exemple en découvrant à Paris les films tournés dans les rues que l’on parcourt), utilisation temporaire des lieux par des artistes qui invitent les habitants à investir l’espace, friches devenues jardins partagés… L’action publique, surtout locale, doit être dé-technocratisée et redonner aux citoyens le pouvoir d’user des imaginaires pour s’approprier l’esprit des lieux. Un lien social qui se vit concrètement dans la transformation urbaine.
  • À ce titre, les événements mobilisateurs, comme les J.O. ou l’exposition universelle, sont aussi des occasions de recréer des rêves communs sur des projets concrets, assembleurs d’énergie.

Ainsi les chocs technologique, économique, démocratique, peuvent-ils se retourner positivement, à condition de pratiquer du judo : plutôt que de subir des événements qui nous dépassent, il faut en faire levier pour se projeter avec dynamisme et confiance dans l’avenir. Comme disait la chanson, il faut retrouver ce qui nous manque le plus : « l’envie d’avoir envie ».