« Le sang de la veine » : c’est leur manière de désigner leurs amis les plus chers, les plus proches. Si vous n’avez jamais entendu cette expression, c’est que vous êtes déconnectés des Snappies. Qui sont-ils ? Ils sont notre avenir proche. Ils seront les nouveaux électeurs de 2020 à 2022. Ils seront nos collaborateurs dans 5 à 10 ans. Ils seront parents dans 10 à 20 ans. On peut être jeune et loin d’eux. Car qui fréquente vraiment les 13-18 ans ? Leurs parents, leurs professeurs, leurs grands frères et grandes sœurs ?

Pas seulement, car les Snappies, sans généraliser outre mesure, sont une génération plus ouverte que les précédentes, notamment celles que l’on a voulu appeler les Millenials ou génération « Y ». L’INSEE nous dit qu’ils sont quasiment 5 millions, un peu plus de garçons que de filles. BVA a longuement interrogé et observé plusieurs d’entre eux. Sont-ils de ces « générations perdues » comme on se plaît souvent à décrire ces jeunes bardés de défauts ? Ou posent-ils les fondements du nouveau monde ?

Une génération sans intermédiaires. De la peau à la peau

Pas plus que les Millenials, les Snappies ne sont déconnectés du bien commun. Ils en ont même une approche beaucoup plus instinctive, à fleur de peau. « Le sang de la veine », cette expression raconte toute une génération. Un attachement beaucoup plus extraverti, sensible à l’autre que l’on aime. L’autre est ce que l’on a de plus vital en soi, ce qui nous fait vivre. La relation à l’autre des Snappies fait fi des intermédiaires. Ils sont beaucoup plus tactiles, aussi parce que leurs parents l’ont été avec eux (les pères en particulier).

Ils sont aussi beaucoup plus directs dans la communication écrite, à l’image de leur réseau fétiche, Snapchat. L’image reine est dans les emojis, les gifs et autres mèmes. Ces images sont plus qu’un moyen ludique et exclusif de se parler. Elles sont l’expression d’une parole plus authentique et plus riche. L’image raconte une histoire et l’histoire vaut mille mots. Le choix de l’image est plus parlant que le choix des mots tant la palette des émotions est devenue grande. On ne s’indigne pas de la même manière avec un emoji qu’avec un gif bien trouvé issu d’une série ou d’un film connu de tous. L’emoji a ses nuances. Le gif amène avec lui toute la complexité du personnage qu’on reprend.

Les Snappies communiquent leurs émotions. Ils savent aussi se saisir de causes plus sérieuses. L’actualité les a rattrapés plus violemment qu’aucune génération n’avait pu l’être depuis la guerre. Ils n’ont connu que le monde post 11 septembre. Ils ont vécu Charlie et le Bataclan en pleine adolescence. Ils ont eu droit aux explications du mal en sachant qu’il était proche. Ils ont eu la mise en pratique : comment réagir en cas d’attaque terroriste dans son collège.

Une conscience précoce et une soif du « faire » 

Les Snappies que nous avons rencontrés ont une conscience et ils la mettent en oeuvre bien au-delà des discours. Ils font. Ils s’informent sur tout. Ils sont hyperconscients de l’obsolescence programmée des objets. Ils ne savent pas comment changer le produit alors ils changent le mode de consommation. Ils passent de la propriété au partage. Partage de l’usage d’un vêtement plus cher – quoi que – dont on sait qu’on le gardera longtemps (et qui renforcera le lien). En revanche, on ne partage pas son smartphone. C’est le doudou des ados du nouveau monde. Il fait partie de leur corps et de leur identité.

Ils suivent ceux qui ont la légitimité du faire. Le meilleur exemple est ce youtubeur, Jérôme Jarre. C’est un jeune homme de 27 ans qui s’est fait connaître avec Vine, ce réseau de partage de petites vidéos très populaire entre 2014 et 2015 et aujourd’hui fermé. Il a décidé un beau jour de mars de récolter de l’argent pour amener un cargo plein de nourriture jusqu’en Somalie, victime d’une famine terrible. Il a réussi puisqu’une compagnie aérienne lui a mis à disposition un avion-cargo et qu’il a levé 2 millions d’euros. Une grande partie de cette somme est constituée de micro-dons de centaines de milliers d’adolescents convaincus par Jérôme Jarre. Car il fait.

La 1ère génération toujours connectée (dès leur plus jeune âge, ils avaient l’ADSL) est étonnante de précocité et gonflée à l’humanité. Quels consommateurs seront-ils ? Quels électeurs ? Quels citoyens ? Assurément plus engagés que leurs prédécesseurs plus sensibles mais aussi plus exposés car le monde a toqué très tôt à leur porte. Ils impressionnent par leur intensité. Dans le pire pour ces délinquants de plus en plus jeunes qu’on voit agiter l’info, dans le meilleur pour ceux qui s’attachent aux nobles causes. Les Snappies ont l’humanité en partage, dans tous ses frissons.

  • Karine Bodnar, directrice clientèle BVA Qualitative Factory et créatrice du projet « Snappies »
  • Sylvain Guérin, directeur associé Le Pouvoir des Idées – Groupe BVA

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