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La communauté POP by BVA est une plateforme de débat permettant d’identifier les clefs de compréhension des opinions. Dans cet entretien pour Atlantico.fr, on apprend comment les Français de droite jugent leur identité, leur paysage politique et leurs représentants.

Atlantico : Comment les Français de droite perçoivent-ils la situation de la droite aujourd’hui ?

Adélaïde Zulfikarpasic : Il y a deux mouvements presque contradictoires qui sont pourtant assez nettement observables. Tout d’abord, à la manière des socialistes, on sent les électeurs de droite un peu sous le coup de l’élection présidentielle, et donc perdus. Ils ont le sentiment que la ligne n’est plus claire, ils interrogent la persistance du clivage gauche-droite et se demandent quelle est la place de leur famille politique dans le paysage actuel. Ils se demandent si Les Républicains doivent jouer le rôle d’un parti d’opposition ou est-ce que du fait des similitudes avec En Marche notamment sur les questions économiques, doivent se réinventer.

Et en même temps, ces électeurs voient assez clairement l’orientation qu’eux souhaitent donner à leur ligne politique.

C’est peut-être d’ailleurs moins clair dans les enquêtes quantitatives, mais dans les enquêtes qualitatives, on voit très significativement qu’ils sont attachés à un socle de valeurs communes, à un ADN qui est très clairement identifié. Pour les électeurs qui se qualifient clairement de LR, il n’y a pas vraiment débat. Les premières discussions ont eu lieu avant les départs de Darmanin ou Solère, ou encore la création d’Agir par les Constructifs, et il n’y avait déjà pas de doute possible : il fallait mettre dehors les Constructifs. L’idée est pour eux de se recentrer sur les idées traditionnelles de la droite que sont le conservatisme des valeurs et le libéralisme économique. On retrouve d’ailleurs ici l’opposition issues des primaires de la droite et du centre entre une droite « ouverte » et une droite conservatrice, entre Juppé et Fillon. A l’époque, c’était François Fillon qui l’avait emporté. Et là on a une réaffirmation de cette volonté de poursuivre sur ces bases.

Et avec de l’autre côté une ligne de conduite assez claire sur l’attitude à avoir envers le Front National : pas question de franchir ce cap-là. La droite est conservatrice, avec des valeurs, avec une ligne économique libérale stricte et claire et c’est sur ces bases qu’il faut reconstruire le parti. Mais reste l’ambiguïté de la proximité des programmes économiques LR et LREM. D’où certainement un resserrement autour des valeurs « morales » qui permettent plus facilement de se distinguer.

D’ailleurs, se distinguer sur les valeurs, c’est ce que dit aussi Agir , d’où une réelle ambiguïté. Se pose vraiment la question de la place d’Agir dans cet écosystème.

Si les grandes lignes de ce qu’est la droite semblent se dessiner, qu’en est-il du contenu et des mesures qu’ils soutiennent ? Comment s’incarne leur conservatisme des valeurs et leur libéralisme économique ?

Certains sont plus précis. Par exemple quand ils en viennent à parler de « valeurs chrétiennes » – et sur ce point cela rejoint la campagne de François Fillon avec Sens Commun.

Le « libéralisme » est souvent affirmé tel quel, ainsi que d' »austérité budgétaire ». On entend souvent aussi le terme de « valeurs morales ». Après bien entendu, ils ne sont ni économistes ni politiques et ne rentrent pas très loin dans l’aspect programmatique.

Le refus de l’alliance avec le FN et la volonté de se séparer des Constructifs semblent dessiner un pré carré pour cette nouvelle droite. Cette délimitation est-elle selon vous plutôt idéologique ou plutôt influencée par le personnel politique qui compose cette droite ?

Il me semble qu’il s’agit plutôt des idées. Sur la question de l’incarnation, on voit que si Laurent Wauquiez est sans doute le plus légitime pour mener cette droite, c’est parce qu’il n’a pas vraiment d’opposition à sa hauteur dans la course à la présidente, mais qu’il est cependant critiqué pour sa ligne « plus droitière », « plus tournée vers l’extrême-droite » car elle semble plus radicale que celle que souhaitent vraiment les personnes situées à droite ou les partisans LR.

Comment voient-ils dès lors Laurent Wauquiez ? Est-il l’homme providentiel ? Un pis-aller ? Un danger ?

Certainement pas un homme providentiel en tout cas. Quand on regarde les classements de personnalités préférées par les sympathisants, ce n’est pas lui qui arrive en tête, mais François Baroin, qui s’est, malheureusement pour eux, retiré de la vie politique du parti.

Laurent Wauquiez est au niveau d’un Xavier Bertrand ou d’une Valérie Pécresse, donc n’émerge en rien comme un sauveur de la droite.

Laurent Wauquiez n’est donc pas l’homme providentiel, mais il est en revanche perçu comme celui qui est capable de « tenir la barre », de « remettre le navire à flot ». Ils y voient une part « d’opportunisme » aussi et ont certaines craintes sur « sa personne », sur le pas qu’il serait prêt à franchir, sur sa capacité peut-être à transgresser des interdits pour servir ses propres intérêts.

Pour eux, il va devoir rassurer et rassembler pour convaincre pleinement les Français une fois en poste. Il a cependant pour avantage d’ « avoir été fidèle au parti, à la ligne » et qu’il « défend nos valeurs » selon les Français qui se sont exprimés sur POP by BVA. « Ce n’est pas une girouette » – sur ce point il incarne celui qui reste fidèle aux valeurs de droite.

Son opposante Florence Portelli affirme qu’il y a au sein de l’électorat de droite une réelle volonté de renouvellement des figures politiques – elle parle de volonté de méritocratie pour être plus précis. Cette volonté s’est-elle manifestée dans votre enquête ?

On retrouve le « dégagisme » observé lors de la présidentielle, puisque désormais on ne veut plus d’Alain Juppé, on ne veut plus de Nicolas Sarkozy, on ne veut de Juppé… Et même des personnalités comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand ne font pas figure de renouveau. Cette volonté de renouvellement est un des ferments de l’élection d’Emmanuel Macron et est aussi très forte à droite… mais elle a le problème que rencontrent aujourd’hui tous les partis d’opposition, celui de ‘absence d’un leadership incarné et sûr de lui.

Certains ont regardé Darmanin pour sa jeunesse, mais il n’est plus dans la ligne et souffre encore d’une faible popularité.

Ce qui est « amusant », c’est que le jeune âge du Président a en quelque sorte ringardisé des personnalités qu’on considérait il y a peu comme des « jeunes loups ». C’est le cas de Wauquiez, Pécresse ou Bertrand qui sont d’un coup catalogués comme hors-jeu dans cette perspective de renouvellement.

Les Français sont-ils insensibles aux propositions de rassemblement de Maël de Calan ou d’héritage filloniste de Florence Portelli ?

Ils ne les entendent pas parce que tout simplement Maël de Calan comme Florence Portelli souffrent d’un déficit de visibilité. Ces derniers ont d’ailleurs essayé d’avoir un débat télévisé, en vain. Ils ne sont pas identifiés, sauf peut-être pour une partie de la base. Mais pour les sympathisants LR, c’est une autre affaire.

Comment voient-ils la droite dans les années à venir ?

Il y a une volonté de reconstruction, car ils ne pensent pas que la droite va redémarrer dès demain. Mais il faut observer qu’il y a à droite une cohérence entre la primaire et la ligne défendue aujourd’hui par les Français de droite, qui me fait dire que cela sera peut-être plus facile pour les LR que pour le PS où tout a l’air d’être détruit, repères compris. On peut se dire que sans l’accident de parcours de François Fillon (qui a fait un score malgré tout important), sa ligne politique aurait été certainement mieux acceptée par les Français. C’est certainement sur cette base-là que Laurent Wauquiez devra tenter de reconstruire.

Le sondage Kantar Sofres publié dans le Figaro hier montre que les thèmes les plus défendus à droite sont le chômage, l’immigration, l’insécurité. Cela ressemble à la ligne filloniste ?

On retrouve aussi la ligne sécurité-délinquance, propre au sarkozysme, donc une certaine cohérence des idées de la droite. Je trouve que leur étude quanti vient plutôt confirmer ce que l’on a observé dans notre enquête.

Les thèmes que cette même étude montrent comme les plus délaissés par la droite sont l’environnement (rien d’étonnant), mais aussi la baisse des charges, la défense de l’Europe et la simplification administrative, ces trois derniers thèmes ayant été particulièrement portés par le gouvernement d’Edouard Philippe et par Emmanuel Macron. La droite cherche-t-elle à s’en distinguer en imposant d’autres thèmes ?

Oui en effet, c’est peut-être le cas. C’est d’ailleurs assez surprenant quand on connait les enquêtes d’opinion sur ce que pensent les LR de l’Europe ou des charges. Le paradoxe est important quand on sait que pour une personne de droite, la lutte contre le chômage et la baisse des charges vont de pair, l’un étant au service de l’autre.

C’est peut-être donc parce que les grandes causes telles que chômage ou immigration semble plus identifiable comme problème que les aspects techniques ou programmatiques.

Retrouvez les réactions de la communauté POP by BVA ici.

 

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