Au lendemain du grand débat national, les attentes des Français portent probablement moins sur une décentralisation renforcée, ou sur une réforme de l’organisation des collectivités locales que sur ce que celles-ci offrent concrètement aux citoyens et leur compréhension de leurs attentes
De fortes disparités territoriales et sociales dans l’accès à un service public de qualité, à une offre de transports satisfaisante et permettant une alternative à la voiture individuelle
Protection de l’environnement : des soutiens aux Gilets jaunes plus sensibles à des mesures financières qu’à des engagements écologiques

Organisation des collectivités : seuls 36% des Français souhaitent une réforme en profondeur
Si 80% des Français se déclarent favorables à une modification de l’organisation des collectivités locales, seule la moitié d’entre eux souhaitent une réforme en profondeur (36%) contre 44% qui se disent favorables à une adaptation de leur organisation sans la transformer radicalement. Dans le détail il est intéressant d’observer que le souhait de réforme en profondeur est plus fortement porté par les soutiens de la majorité présidentielle (sympathisants LREM : 49%) ainsi que par les indépendants (52%), les retraités (47%) et les cadres (44%) contre uniquement 26% des employés et ouvriers.

Des Français réservés sur les bénéfices de la décentralisation et nettement moins positifs qu’en 2002
Aujourd’hui, seuls 45% des Français estiment que la décentralisation a des conséquences positives sur la prise en compte des attentes de la population quand ils étaient 71% à partager cette opinion en 2002. Ils sont uniquement 41% à identifier que la décentralisation a des conséquences positives sur la qualité des services publics locaux contre 75% en 2002.

46% des Français jugent qu’il faut aller plus loin en matière de décentralisation, ils étaient 74% en 2002
Ce souhait est exprimé plus fortement encore chez les sympathisants LREM (68%), les cadres (66%) et les retraités (54%). A l’inverse, 21% des Français jugent nécessaire de revenir en arrière sur la décentralisation, et les populations les plus mobilisées lors des récents mouvements sociaux se distinguent en émettant plus fortement le souhait de revenir en arrière. C’est notamment le cas des habitants de communes rurales (29%), des employés et ouvriers (27%) ou encore des Gilets jaunes et de leurs soutiens (28%).

56% des Français souhaitent que leur commune ait davantage de pouvoir qu’actuellement
Les Français sont plus réservés concernant leur département (48% et uniquement 39% dans l’agglomération parisienne), leur région (47%, de 58% chez les cadres à 47% chez les employés et ouvriers) et leur intercommunalité (46%).

…mais dans la pratique, ils ne lui rattacheraient que peu de compétences supplémentaires et privilégieraient un certain statu quo.
Ils rattacheraient notamment à l’Etat la sécurité, l’environnement, la protection du patrimoine, l’enseignement supérieur et l’aide à l’emploi, tout comme la prise en charge de la dépendance. Assez conformément à la répartition actuelle des compétences, ils jugent majoritairement que c’est la région qui devrait être en charge du développement économique (49%) et du tourisme (57%) alors qu’ils chargeraient le département de l’action sociale (39%), de l’organisation des conditions de circulation (41%), du logement et de l’habitat (40%) et de l’organisation des transports publics (43%). La petite enfance, compétence déjà rattachée, est la seule compétence que les Français attribueraient en priorité à la commune.

6 Français sur 10 satisfaits de la qualité des services publics à leur disposition au quotidien (58%), un taux majoritaire qui masque des disparités territoriales et sociales
Le taux de satisfaction passe de 47% chez les habitants de communes rurales à 50% dans les petites villes, 56% dans les villes moyennes pour atteindre 67% dans les grandes agglomérations et 66% dans l’agglomération parisienne. De même, 70% des cadres et 67% des retraités se disent satisfaits des services publics à leur disposition au quotidien contre seulement 46% des employés et ouvriers.

L’offre de transports à disposition pour réaliser ses trajets quotidiens : de très fortes inégalités territoriales
Si 46% des Français sont satisfaits de l’offre de transports dont ils disposent pour réaliser leurs trajets quotidiens, le différentiel de satisfaction exprimée est de 42 points entre les habitants de communes rurales (25%) et ceux de l’agglomération parisienne (67%). En dehors des habitants de grandes agglomérations (63%), ceux des villes moyennes (39%) et des petites villes (32%) de province expriment également une satisfaction minoritaire.

Alternative à la voiture individuelle : un manque de solutions de rechange dans les communes rurales et les petites villes
Uniquement la moitié des Français ont accès au covoiturage (53%), une disponibilité moins élevée encore auprès des habitants de communes rurales (45%) et des petites villes (46%). Si seuls 49% des actifs ont accès à un réseau de transports publics entre leur domicile et leur lieu de travail, les résultats varient très fortement selon la catégorie de communes, de 21% chez les habitants de communes rurales à 29% chez ceux des petites villes, 44% chez ceux des villes moyennes, 67% chez les habitants de grandes agglomérations et 80% auprès de ceux de l’agglomération parisienne. La différence d’accès est également forte entre les cadres (63%) et les employés et ouvriers (42%).

Protection de l’environnement : des attentes d’engagement écologique des Français les plus favorisés et des souhaits d’engagement financier des Gilets jaunes et de leurs soutiens
Parmi les différentes mesures proposées aux Français pour protéger l’environnement, l’intérêt pour la lutte contre la pollution de l’air, la réduction de l’usage des pesticides et de la consommation d’énergies fossiles voient leur pertinence estimée évoluer selon le rapport à la mobilisation des Gilets jaunes. Par exemple, 56% des opposants au mouvement des Gilets jaunes (tout comme 56% des cadres et 51% des retraités) jugent prioritaire de réduire notre consommation d’énergies fossiles contre 44% des employés et ouvriers et 48% des Gilets jaunes et de leurs soutiens. De même 32% des opposants aux Gilets jaunes jugent prioritaire de renforcer la fiscalité écologique contre seulement 22% des Gilets jaunes et de leurs soutiens.