Pour la première fois, BPCE L’Observatoire publie une étude sur « l’agriculture, les enjeux d’un marché en mutation » basée sur un questionnaire réalisé auprès de 1381 agriculteurs couvrant 300 000 moyennes et grandes exploitations[1]. Les données recueillies révèlent que les agriculteurs sont plus confiants dans l’évolution de leur situation économique. La diversification des activités ressort comme une tendance bien ancrée dans le paysage agricole, tout comme l’agroécologie qui représente un vrai levier d’investissement. L’étude revient également sur la problématique du vieillissement des agriculteurs qui constitue un enjeu pour de l’agriculture de demain et plus particulièrement pour la réussite de la transition agroécologique.

 

Des modèles agricoles qui se transforment et se diversifient

 

De 1988 à 2016, le nombre d’exploitations est passé de 1 million à 437 000 (dont 300 000 moyennes et grandes) : un mouvement de concentration qui se poursuit aujourd’hui et contribue à redessiner le marché de l’agriculture.

Dans ce nouvel environnement, deux tendances se dégagent. Tout d’abord, les agriculteurs sont plus confiants sur l’évolution de leur situation économique : 71% d’entre eux envisagent d’investir au cours des deux prochaines années (2,4 types d’investissements en moyenne). Ces perspectives positives sont à nuancer face au constat d’une agriculture à plusieurs vitesses : les exploitations les plus grandes sont celles qui prévoient davantage de projets et d’investissements, alors que les plus petites restent plus fragiles. Parallèlement, la viticulture, est l’une des branches agricoles qui se dit la plus confiante dans l’évolution de ses perspectives économiques (29 %).

La deuxième tendance observée est la diversification croissante des activités. 42 % des exploitations exercent plusieurs activités, dont la vente directe (22% et 7% l’envisagent à 5 ans) et la production d’énergie (13% et 18% l’envisagent à 5 ans). Cette tendance se traduit également par une diversification des sources de revenus au sein du couple : 42% des agriculteurs ont un conjoint qui travaillent dans le secteur public ou privé ; un taux qui monte à 66% chez les moins de 40 ans.

Ces transformations marquent une évolution des enjeux bancaires en termes d’accompagnement et de financement. 80% des agriculteurs détiennent un crédit à titre professionnel. Comme chez les autres TPE, les besoins en matière d’assurance et de prévoyance montent en puissance, ainsi que des solutions telles que les moyens d’encaissement (vente directe, agritourisme) ou complémentaire santé (63% des répondants).

 

L’agroécologie, une dynamique bien installée

 

51 %. C’est la proportion d’agriculteurs qui déclarent être inscrits actuellement dans une démarche agroécologique. 14 % pensent s’engager d’ici cinq ans et 30% envisagent de réaliser au moins un investissement en lien avec l’agroécologie dans les deux prochaines années. Ces statistiques démontrent que l’agroécologie est une dynamique aujourd’hui bien installée et devrait voir sa pratique s’étendre davantage. Ainsi face au développement de l’agroécologie, quatre postures d’agriculteurs ressortent :

 

  • les réfractaires (34 % des répondants) : peu convaincus ou trop fragiles pour s’engager, ces agriculteurs sont plus âgés que la moyenne et se projettent peu dans de nouveaux projets d’investissements.
  • Les stratégiques (35 % des répondants) : ces chefs d’exploitation, souvent dans la maturité, ont adopté tôt certaines pratiques d’agroécologie, notamment l’agriculture de conservation des sols : l’agroécologie est vue avant tout comme un levier de compétitivité.
  • Les volontaires (20 % des répondants) : pour répondre à l’évolution du marché, ces convertis tardifs, dans la même tranche d’âge que les stratégiques, envisagent de prendre le virage de l’agroécologie.
  • Les militants (11 % des répondants) : plus jeunes en moyenne, ce sont les « convaincus proactifs », à la pointe en termes d’agriculture biologique (54%) mais aussi de conservation des sols, de certification environnementale et d’agroforesterie : leur principale préoccupation est « d’aller vers davantage d’agroécologie ».

 

Vieillissement et cession transmission : le défi du renouvellement

 

Le vieillissement des exploitants et la problématique associée de la cession-transmission constituent un enjeu de compétitivité pour tous les secteurs d’activité en France. L’agriculture n’en est pas exempte.

 

Plus un agriculteur vieillit, moins il investit, entrainant in fine un risque d’obsolescence de l’outil d’exploitation et faisant peser une menace sur son efficacité économique. 45 % des plus de 55 ans n’ont aucun investissement prévu (contre 11 % pour les moins de 40 ans). Les agriculteurs les plus âgés sont également les moins enclins à s’engager dans la transition agroécologique : 42 % des plus de 55 ans ne sont pas engagés et n’envisagent pas de prendre ce virage (contre 28 % pour les moins de 40 ans). Ces constats sont d’autant plus inquiétants que près de la moitié des chefs d’exploitations moyennes et grandes ont plus de 50 ans et seront en fin d’activité d’ici 10 à 15 ans.

 

D’ailleurs, ces enjeux se traduisent dans les préoccupations des agriculteurs. Si la protection santé demeure un sujet majeur (46% des répondants), la retraite et la cession-transmission deviennent prioritaires au-delà de 55 ans. Sur cette tranche d’âge, ce sont des préoccupations fortes pour respectivement 55% et 48% des agriculteurs, sans doute révélatrices d’un manque d’anticipation mais aussi de la faible visibilité des exploitants en la matière.

[1] Enquête réalisée par BVA en janvier et février 2019 (téléphone).

 

 

Retrouvez ici l’infographie de l’étude.