Une analyse réalisée par Adrien Abecassis, membre de l’Observatoire de l’Opinion de la Fondation Jean-Jaurès et ancien conseiller opinion à l’Élysée, à partir de questions ouvertes issues de l’observatoire de la politique nationale de juillet 2017.

 

Deux mois après la prise de fonction du Président Macron, les réactions des Français interrogés par BVA pour Orange-La Tribune se précisent : on voit de moins en moins de « j’attends de voir » ou « il faut lui donner sa chance ». S’ouvre plutôt un « temps des questions », comme si l’opinion commençait à regarder d’un peu plus près certains traits de cette nouvelle présidence afin de commencer à se déterminer plus précisément.

Le « sursis bienveillant » qui s’est ouvert après l’élection arrive ainsi progressivement à son terme ; et l’on voit les Français commencer à soupeser les éléments à la lumière de ces premiers mois  pour juger de l’issue à lui donner… Portée par l’actualité de ces derniers jours, la question de « l’autorité » émerge parmi les premiers éléments examinés de plus près. Que nous disent les Français ?

Beaucoup portent encore au crédit d’Emmanuel Macron le fait de faire preuve de « volonté et d’autorité », d’avoir « l’air de savoir ce qu’il veut faire et de s’y tenir ». Parmi les gens qui voulaient un « chef », une bonne partie apprécient ces postures de fermeté : « il réunit ce qu’on demande d’un chef : autorité, paraît avoir une certaine vision de l’avenir, tenir ses troupes ». Mais l’on voit aussi apparaître des jugements plus négatifs sur cette autorité : « il fait petit chef », « autocrate ».

La question sous-jacente aux jugements paraît être : vers quoi cette autorité est-elle dirigée ? Lorsqu’elle paraît exercée au nom des Français pour respecter les engagements (« il est ferme, pour le moment il tient ses engagements »), elle est vue comme parfaitement légitime. En revanche lorsqu’elle est vue comme exercée pour faire « ce qu’il veut », les mots deviennent plus durs : « être chef d’État ne signifie pas devenir dieu ! ».

Et l’on retrouve des fondamentaux de l’analyse politique : il n’y a pas de légitimité extérieure au peuple, le Président peut donc être autoritaire avec ce qui peut gêner son action légitime mais jamais avec le peuple français ; et ce pouvoir doit toujours paraître exercé au nom de des Français sous peine d’être rejeté… ce qui est, après tout, rassurant sur la vitalité de la Nation et ses réflexes démocratiques solidement ancrés.

 

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