L’image d’un fossé grandissant entre les jeunes et les seniors s’est ravivée lors de la crise sanitaire, allant jusqu’à faire craindre un conflit entre générations. Pourtant, cette image mérite d’être examinée plus en détail. BVA a souhaité conduire une étude avec l’agence Grand Récit, pour Départements solidaires, afin de dresser un état des lieux des perceptions et attitudes des Français sur les relations intergénérationnelles.

 

  • Dans le débat public, l’idée d’un fossé entre générations s’appuie sur des écarts de perception et de valeurs entre les plus jeunes et les plus âgés. L’enquête confirme effectivement certains écarts de perception sur certains sujets :
    • Sur les questions culturelles (des jeunes plus ouverts vis-à-vis de l’immigration et de l’homosexualité que les seniors)
    • Sur la hiérarchie des inégalités (une sensibilité plus marquée chez les jeunes sur les discriminations liées à l’origine ethnique, quand les seniors relèvent davantage les inégalités de revenus)
    • Sur la hiérarchie des préoccupations (l’environnement et l’emploi préoccupent davantage les jeunes, contre la santé et l’immigration pour les seniors)
    • Sur leur engagement dans des structures politiques traditionnelles: les jeunes sont globalement moins engagés que les seniors de manière bénévole ou militante, et se disent moins intéressés par la politique (36% des moins de 30 ans expriment cet intérêt, contre 61% des 60 ans et plus).

 

  • Pour autant, ces divergences ne conduisent pas à une fracture générationnelle et c’est là l’enseignement principal de l’enquête. Les Français estiment majoritairement qu’il n’y a pas de risque de conflit de générations et que les désaccords entre les plus jeunes et les plus âgés sont surmontables (53%) ; seuls 32% considèrent que ce risque existe.

 

  • Les questions de solidarité sont un point de convergence important entre les générations. Les jeunes comme les seniors se montrent altruistes, qu’il s’agisse du sentiment d’être concernés par les conditions de vie d’autrui ou de l’aide apportée durant la crise sanitaire. En outre, la solidarité entre les plus jeunes et les plus âgés est très majoritairement perçue par les Français comme inchangée voire renforcée (90% au global, dont 40% estiment qu’elle s’est renforcée).

 

 

  • D’autre part, toutes les générations partagent le constat de la panne de l’ascenseur social, tant pour les futures retraites que pour l’accès à un logement ou à un premier emploi pour un jeune d’aujourd’hui. L’enquête fait également ressortir une convergence sur la question du financement de la dépendance et de l’éducation, à savoir la prévalence de la solidarité nationale. 59% des 18-29 ans et 52% des 60 ans et plus estiment ainsi que l’accompagnement des jeunes dans leurs études jusqu’à leur entrée dans la vie active devrait avant tout être financé par la solidarité nationale, plutôt que par les personnes elles-mêmes ou par leurs familles.

 

  • Surtout, l’enquête montre que si différences il y a, c’est finalement parfois au sein même des générations qu’on les observe davantage. Sur les valeurs, des divergences existent au sein même des générations et sont ainsi davantage liées à la sensibilité politique (positionnement gauche-droite) et au niveau de diplôme qu’à l’âge. Ces écarts intragénérationnels sont ainsi visibles sur les questions de l’intervention de la police, de l’extension du RSA, les questions d’identité et de mœurs, le rapport à l’écologie. Les sympathisants de gauche, parmi les jeunes et parmi les seniors, ont ainsi une perception majoritairement positive de l’immigration (respectivement 76% et 63% d’entre eux sont d’accord avec l’affirmation « la présence d’immigrés est une source d’enrichissement culturel »), à l’inverse des sympathisants de droite (seulement 38% des jeunes sympathisants de droite et 19% des seniors se déclarant proche de la droite).

 

  • En lieu et place du récit d’un fossé entre générations, l’enquête souligne la force des solidarités intergénérationnelles, l’enjeu de solidarité nationale qu’elles représentent et l’utilité de les soutenir via les pouvoirs publics. Les départements apparaissent comme des acteurs légitimes pour jouer le rôle de facilitateur, au regard du niveau de confiance qu’ils suscitent auprès des Français.

 

Retrouvez ici le rapport complet produit par Grand Récit pour Départements solidaires, basé sur les données de l’étude conduite par BVA.