L’intégration des étrangers

Un diagnostic optimiste et qui se joue des clivages politiques

  • À rebours de nombreux discours sur le sujet, le diagnostic des Français quant à l’intégration en France des personnes étrangères ou d’origine étrangère est remarquablement positif. Ainsi, 58 % d’entre eux estiment que celle-ci se passe plutôt ou très bien, contre 37% d’un avis contraire. Certes, il s’agit d’un sujet sur lequel le sondeur se doit d’être particulièrement vigilant quant à l’interprétation de résultats qui s’avèrent très mouvants selon les libellés choisis. Un sondage réalisé fin 2003 pour le compte de la CNCDH1 montrait, en effet, que l’emploi du terme « immigrés » à la place de celui d’ « étrangers » inversait tout bonnement la tendance. Il est également à noter que le jugement que l’on porte sur le bon ou mauvais déroulement de cette intégration semble davantage lié à un effet d’âge qu’à une lecture politique de la situation. En effet, le pourcentage des personnes considérant que cette intégration se passe bien varie en fonction de l’âge des répondants, allant de 69% des jeunes de 18 à 24 ans à 48 % des personnes les plus âgées.
  • Politiquement, on note que des sympathisants de l’extrême gauche à ceux de l’UMP, l’idée que l’intégration se passe bien domine et se situe dans une étroite fourchette, entre 57 à 59%. Seuls les sympathisants des Verts dénotent dans leur optimisme (63%) tandis que les sympathisants UDF, aujourd’hui très mobilisés contre la perspective de l’élargissement de l’Union Européenne à la Turquie, semblent particulièrement sceptiques (57% d’entre eux estiment que l’intégration se passe mal). 1 Cf l’étude Xénophobie, antisémitisme, racisme et anti-racisme en France, réalisée du 24 novembre au 5 décembre 2003 en face-à-face pour le compte de la CNCDH et du Service d’Information du Gouvernement. Le sondage démontrait que le terme « immigré » est, de manière générale, plus stigmatisant et renvoie à une population d’origine maghrébine souffrant davantage d’une image négative et d’une association à la religion musulmane qui inquiète les Français.

L’éventuel défaut d’intégration imputé aux étrangers eux-mêmes mais aussi à la société française

  • Lorsqu’un individu fait un constat d’échec de l’intégration des étrangers en France, à qui renvoie-t-il principalement la faute: à la société française ? ou aux étrangers eux-mêmes ? Notons tout d’abord que les interviewés semblent avoir du mal à exprimer un avis tranché sur cette question : plus d’un cinquième des personnes interrogées (22%) renvoient ainsi spontanément les difficultés à la fois à la société française et aux étrangers. Ceux qui mettent avant tout en cause l’incapacité de la société française à donner les moyens de cette intégration (32%) sont particulièrement nombreux parmi les jeunes (55% des 18-35 ans), les catégories professionnelles dites supérieures (46% des cadres et professions libérales), les personnes les plus diplômées (42% des personnes ayant au mois le bac) et les sympathisants de gauche (41%). A l’inverse, les personnes âgées (52%), les sympathisants de droite (46%) et les catégories sociales plus modestes (50% des ouvriers) se retrouvent dans le même reproche fait aux étrangers eux-mêmes de ne pas se donner les moyens de leur intégration.

L’intégration popularise la discrimination positive

  • La discrimination positive, lorsqu’elle est entendue au sens de l’attribution prioritaire à des personnes issues de l’immigration de certaines places dans les universités, les entreprises, les administrations ou les institutions politiques reçoit un accueil favorable ; 58 % des Français jugeant que c’est une bonne idée. Une question posée il y a deux mois pour Acteurs Publics, en partenariat avec LCP-AN et Métro sur la notion de discrimination positive donnait des résultats inverses (53% contre et 41% pour), mais il s’agissait alors d’en faire profiter aussi des personnes issues de milieux socialement défavorisés.
  • La question se pose alors de savoir si ce résultat témoigne d’une plus grande réceptivité de l’opinion française à l’idée de discrimination positive ou si cette notion paraît plus acceptable aux yeux des Français (et cela aussi bien à gauche -60%- qu’à droite -53%-) dès lors qu’elle est centrée sur la seule question de l’intégration. En tous les cas, ce résultat paraît témoigner de l’importance accordée par les Français à cet enjeu, dont le traitement leur paraît justifier une pratique sur laquelle leur opinion n’est pas complètement forgée, mais qui suscite dans son principe de fortes réticences.

Ni regroupement, ni discrimination

  • Pour réussir l’intégration des étrangers en France, l’accent est mis sur le problème des quartiers à forte concentration étrangère (40% de citations) et ceci d’autant plus que l’interviewé est plutôt âgé (45% des 50 ans et plus), qu’il partage des idées de droite (45%) ou appartient à une catégorie sociale modeste (45% des ouvriers, 45% des personnes d’un niveau d’étude inférieur au bac). Ensuite, la lutte contre les discriminations (31%) est souvent citée, notamment à gauche (37%). Les autres initiatives, sur l’image médiatique des étrangers, ou bien sur des aménagements du droit de vote ou de l’accès à la nationalité française paraissent moins prioritaires, voire peu souhaitables.
  • Par ailleurs, le croisement entre cette question et le diagnostic de l’origine des difficultés de l’intégration (faute à la société française versus faute aux étrangers eux-mêmes) nous renseigne sur la lecture qu’ont les personnes des problèmes d’intégration. En effet, ceux qui jugent que c’est la société française qui est en cause estiment avant tout qu’il faut lutter contre les discriminations (53%) tandis que ceux qui estiment que ce sont les étrangers qui ne veulent pas s’intégrer pensent que le principal problème à régler est celui des quartiers à forte concentration d’étrangers (56%).
  • De même, la proximité partisane semble très segmentante lorsqu’il s’agit de savoir quels efforts attendre en priorité de la part des étrangers : les personnes de sensibilité de droite exigent avant tout la prévalence des lois républicaines sur les pratiques culturelles et religieuses des étrangers (33%, au lieu de 23% en moyenne). Les sympathisants de gauche préfèrent quant à eux la notion plus ambivalente d’adoption du mode de vie général des français (28%, au lieu de 29% en moyenne ) et le fait de donner envie à ses enfants de vivre en France (26%, au lieu de 19% en moyenne).

Finalement, la diversité des réponses à cette question montre une certaine difficulté des Français à préciser leur critère principal d’appréciation de l’intégration des étrangers en France, sinon comme le contraire de la notion répulsive de ségrégation.

Jérôme Sainte-Marie
Directeur de BVA Opinon

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