Des récits et des Actes, qu’est-ce que c’est ?

Réfléchir à de nouvelles façons de s’adresser aux citoyens pour traiter des questions climatiques et engager l’action, tel est l’enjeu du projet porté par l’association Place To B.

Une première étude avait été réalisée en 2017 sous la coordination de The Baseline de Place to B :  » Des Images et des Actes : quels visuels pour parler du climat ?1 «  en partenariat avec l’ADEME, BVA Group, Climates Outreach, Mickaël Dupré, Qu’Est-ce Qu’on Fait et le média The Conversation France

Avec cette nouvelle étude « Des Récits et des Actes », présentée le 10 mai à la Fondation Pathé à Paris, Place to B, l’ADEME et BVA ont cherché à comprendre les perceptions et les attentes des publics envers la culture populaire, et plus particulièrement les œuvres en lien avec l’environnement.

  • Comment mobiliser son public pour agir concrètement face aux enjeux climatiques, écologiques et sociétaux ?
  • Quelles sont les attentes du public en ce sens ?
  • Quels sont les ingrédients pour imaginer de nouveaux récits encapacitants4 face à ces défis ? 

Pourquoi s’intéresser à la Culture Populaire pour traiter des questions climatiques et engager l’action ?

La Culture Populaire est produite et appréciée par le plus grand nombre et notamment toute une frange de la population encore peu sensible ou active sur ces sujets, elle touche donc un vivier particulièrement large pour la sensibilisation aux enjeux climat.

Quelle démarche d’étude et de recherche pour appréhender un cadre aussi vaste ?

Nous avons recruté et animé une communauté de 40 personnes pendant une période de 3 mois afin les laisser s’installer dans leur fauteuil de consommation de la Culture Populaire :

  • Constitution d’une communauté en ligne de 40 personnes aux profils et pratiques de consommation culturelles diversifiées dont des œuvres de culture populaire.
  • Un temps suffisamment long, 3 mois, afin de pouvoir suivre les pratiques quotidiennes et observer des évolutions chez les personnes interrogées sans trop interférer sur le fonctionnement habituel et recueillir des témoignages plus riches et réalistes.
  • Une animation conduite dans une logique d’entonnoir pour rentrer progressivement dans le sujet. Nous avons d’abord identifié les pratiques et habitudes culturelles des participants et leur niveau d’intérêt spontané vis-à-vis de la thématique écologique, avant de leur proposer au fur et à mesure des semaines des questionnements plus profonds et de faire réagir à des contenus d’œuvre pour capter leur ressenti et l’impact engendré en matière sensibilisation ou d’incitation à l’action.

Quels sont les principaux enseignements ?

  • Culture populaire et thématique environnementale apparaissent a priori comme deux univers plutôt antagonistes :
    • Si la Culture Populaire rassemble en général le plus grand nombre (famille, parents, amis,…) à travers le partage d’émotions positives : surprise/joie ou intérêt, les œuvres culturelles environnementales génèrent le plus souvent des émotions négatives (peur, colère, frustration) associées à des imaginaires anxiogènes (collapsologie,..).
  • Il convient donc de créer de nouveaux récits pour donner de nouveaux espoirs et citer le changement dans le bon sens :
    • Sur le fond, Il faut créer de nouveaux récits composés avec des éléments réalistes mettant en scène des héros du quotidien …et utilisant la fiction comme vecteur de changement pour donner de l’air à l’imaginaire : c’est l’équilibre entre réalisme et imaginaire qui favorise l’engagement
    • Sur la forme: il convient de proposer une bonne qualité de réalisation mettant l’esthétisme au service de la forme, des formats courts et rythmés maniant l’humour et la joie
  • Au final, l’enjeu majeur pour susciter l’engagement revient à proposer des contenus à forte charge émotionnelle pour créer de l’empathie… mais en adaptant cette charge aux cibles visées (à convaincre ou engagés) et aux ambitions recherchées (sensibilisation ou incitation à l’action) : :
    • Pour les cibles à convaincre : une charge émotionnelle plutôt positive pour susciter la curiosité, la découverte (on peut jouer sur la peur, la tristesse mais pas au-delà)
    • Pour les cibles déjà engagées le registre peut être plus large allant jusqu’à la colère, l’effroi ou le dégout à contrebalancer toutefois pas des émotions positives sous peine de susciter le rejet ou l’abandon

 

3 actions concrètes proposées pour accélérer la conversion écologique du grand public :

Au-delà du fond et de la forme du récit, plusieurs actions concrètes peuvent être envisagées :

  • Action 1 : Face à l’anxiété, apporter des solutions alternatives grâce à des ressources complémentaires  informatives et pédagogiques:
    • À la fin de l’œuvre pour aller plus loin
    • Sur un site internet complémentaire
    • À l’aide de vidéos aux formats plus courts
  • Action 2 : créer des espaces d’échange avec le public pour promouvoir l’œuvre dans la durée
    • Créer une communauté autour de l’œuvre pour ouvrir un espace d’échange, sortir de l’entre-soi en amenant les débats devant des publics pas forcément initiés :
    • En ligne avec des groupes publics ou privés
    • Conférences ou ateliers
    • Interventions auprès de publics spécifiques comme notamment les scolaires ou les publics précaires
  • Action 3 : intégrer l’avis du public et autres parties prenantes dans la conception de son scénario : des pratiques déjà expérimentées notamment dans le projet Bright Mirror de Blue Nove pour façonner le monde de demain : des projets qui permette de renforcer la crédibilité des œuvres par la vision des acteurs de terrain mais difficiles à coordonner.

Au final, l’élaboration de tels nouveaux récits demandent aux acteurs culturels d’aller au-delà des méthodes conventionnelles en renouvelant leurs pratiques et en établissant de nouvelles relations avec le grand public. Mais quel beau défi que d’impulser le changement à travers la culture populaire !

 

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Regis Olagne